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Si j'ai tant d'amour pour la mémoire
de mon père, si je ne peux me séparer de son image,
si le temps ne peut trancher, c'est qu' aux expériences
de chaque jour je comprends tout ce qu'il a fait pour moi.
Il n'était pas obligé de faire le juste départ.
Et, s'il ne l'avait pas fait, il ne faudrait pas lui en donner reproche.
C'aurait été naturel. Il n'a rien cassé, rien déchiré en moi
rien étouffé, rien effacé de son doigt mouillé de salive.
Avec une prescience d'insecte il a donné à la petite larve que j'étais les remèdes.
Un jour ça, un autre jour ça. Tout ça en remèdes, tout ça
en provision, tout ça en prévision de ce qui aurait pu être une plaie.
Il a donné le bon pansement à l'avance pour ce qui aurait pu être une plaie,
pour ce qui, grâce à lui est devenu dans moi un immense soleil.
Jean Giono
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