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Vise un peu cette folle...
Vise un peu cette folle et ses souliers montants
Elle a tous les ruisseaux dans ses regards d'émail
Elle a tous les oiseaux sur son chapeau de paille
Et dans son sac à main ses rêves de vingt ans
Vise un peu ce gâchis de tulle et d'anémones
Ce rêve poussiéreux comme un vieux cendrier
C'est la feuille d'hier sur le calendrier
Le refrain défraichi d'une chanson d'automne
Vise un peu ce sourire et ce palpitèrent
Il s'en faudrait d'un rien qu'on se prenne à les croire
N' a - t - elle la cruauté profonde des miroirs
Et ce reflet fané qui semble un reniement
C'est ma vie, il faut bien que je la reconnaisse
C'est ma vie et c'est moi, cette chanson faussée
Un beau soir l'avenir s'appelle le passé
C'est alors qu'on se tourne et qu'on voit sa jeunesse...
Si le volcan s’ éteint le ciel perd son éclat
le jour n’est plus si clair, la nuit n’est plus si tendre
jusqu'au dernier moment mon coeur tu peux l’entendre
c’est ma vie et ce n’est après tout que cela.
Qu’attendais tu de plus , quel sort, quelle aventure
quelle gloire à toi seul ou quel bonheur volé
qu’es tu d’autre à la fin, qu’à la meule est au blé
qu’à la cendre est au feu, le corps à la torture..
Cet enfant n’as pas eu les temps d’ouvrir le yeux
et l’autre qui chantait un camion l’écrase
la misère défit et non l’azur est phrase
elle est à ta mesure et n’ hissons pas les yeux
Je ne vois pas ici vraiment ce qui te peine
ou te donne le droit de crier dans la nuit
ton destin te ressemble et ton ombre te suit
les fous ce sont ceux qui pour d’autres se prennent
C’est déjà bien assez de pouvoir un moment
ébranler de l’épaule à sa faible manière
la roue énorme de l’histoire dans l’ornière
que repose après sur toi plus pesamment
Car plus rien désormais ne pourras jamais faire
qu’elle n’ait pas un peu cédé sur ta poussée
tu peux t'agenouiller vieille bête blessée
l'espoir heureusement tient d’autre dans ses fers
Louis Aragon
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